Confrérie du Phoénix

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 Cthulhu ou l'horreur au fond des bois

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Amalie Pievif

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Messages : 144
Date d'inscription : 31/03/2014

MessageSujet: Cthulhu ou l'horreur au fond des bois   Mar 9 Fév - 12:17

Tout a commencé l’année de mes 35 ans. C’était en 1924 à Bennington. Quand je repense à cette année, j’ai l’impression d’une année frontière. Il y a eu ma vie avant 1924 et ma vie après 1924. Moui, dit comme cela, c’est sans doute l’article le plus difficile et le plus confus de ma carrière, pour ne pas dire de ma vie. Mais, à vrai dire, ceci n’est pas le sujet d’un article. Comment cela pourrait-il l’être ? A moins de vouloir tuer ma carrière journalistique et ma réputation.

En fait, c’est l’histoire de ma vie d’après 1924. Il m’a fallu des années d’investigation et arriver à un âge avancé (80 ans quand même) pour oser prendre la plume, bien loin des articles que j’ai pu vendre et publier au cours de ma vie de journaliste aventurier.  Parce que j’ai besoin d’écrire tout ceci. Pour me convaincre de n’avoir pas rêvé les 45 dernières années et pour me convaincre aussi de ne pas être fou.

Ah ! A force d’essayer d’être clair, je n’en suis que plus confus ! Il est beau le journaliste ! Il est beau l’aventurier ! Passer sa vie à raconter des faits pour en arriver à ce texte brouillon. Des faits, disais-je. Relatons des faits.

En 1924, j’ai donc 35 ans. Je suis célibataire et je travaille comme journaliste pour la Gazette de Bennington. Je suis né à Woodford, à quelques kilomètres de Bennington et c’est donc « naturellement » que je suis « monté » à la ville pour travailler. Bien sûr, mon ambition première était d’être écrivain à New York. Et puis, au fil du temps et des désillusions, on passe d’écrivain à journaliste, de New York à Manchester, puis de Manchester à Bennington.
A cette époque, mon but dans la vie est de gagner assez d’argent pour m’acheter un appareil photographique. Une rareté qui vaut au moins 3 mois de salaire sans manger ni se loger. Et puis, voilà qu’une occasion en or se présente à moi.

Bennington est une petite ville ouvrière, partagée entre la culture et l’élevage et l’entreprise de travaux publics Strong, du nom de son fondateur, Lucas Strong. Cet homme est important pour au moins la moitié de la ville puisqu’il en assure les revenus. Mais, ce que peu de monde sait, cette année-là, c’est que son entreprise frôle la faillite suite à de mauvais placements en bourse et à un chantier énorme qui cumule les retards, à quelques kilomètres à peine de Bennington. Le seul espoir de Lucas Strong réside en sa fille, Jane, dont il a arrangé le mariage avec le fils d’un notable de Manchester.

Mais à l’été 1924, Jane Strong disparait, enlevée contre rançon par 3 voyous notoires de notre bonne ville : Eugène Clayton, Sydney Harris et Niels….Ah, je ne sais plus ! L’âge que voulez-vous. Ces trois-là sont tristement connus depuis leur adolescence, à faire de mauvaises blagues, à chaparder pour finalement accéder au rang de braqueurs de banques. Leur carrière a pris un nouvel essor avec l’enlèvement de la jeune Jane Strong.

Et c’est là que cette histoire commence à me concerner de près.

Lucas Strong reçoit une demande de rançon. Il réunit l’argent mais n’étant pas homme à laisser sa réputation se faire écorner, il convie les forces de police au rendez-vous de la remise de la rançon. Arrive alors ce qui arrive quand on se trouve entouré d’armes de tout côté. Il y eut des échanges de coups et l’un des policiers laissa une veuve se débattre seule avec sa progéniture,  tandis que la rançon s’envolait avec les kidnappeurs, dont l’un fut malgré tout blessé. Et point de fille en retour, hélas !

Furieux et inquiet, Lucas Strong engage alors autant de volontaires qu’il put trouver, dont moi, pour organiser une gigantesque battue. Il faut dire que l’homme paie bien : 25 dollars par jour et 10 000 dollars à qui retrouve sa fille. Mon vieux démon de gloire et de carrière se réveille alors que je le croyais définitivement disparu. Mais, je ne devrais pas parler de démon avec autant de légèreté…

Organisée en plusieurs groupes, la battue démarre dès le lendemain matin. Je me retrouve alors avec mon Colt 45 et ma batte de base ball, entouré de 5 compagnons :
- Un type appelé Georges qui me paraît bien lourdement armé
- Un bûcheron du nom de Joseph Parmentier qui semble s’y connaître en hache et en chemise à carreaux, et son chien Chicou
- Un inconnu qui me paraît uniquement présent pour l’argent et qui répond au nom de Robert
- Gale, qui dans son costume un peu usé me fait penser à un représentant de l’ordre
- Eudes de Bergue, son domestique et ses chiens, qui paraît n’avoir strictement rien à faire là, dans son costume de chasse probablement plus cher que mon salaire annuel.

Les kidnappeurs s’étaient enfuis dans les bois de Bennington, à l’orée de laquelle s’était déroulée la remise de la rançon. Et dans les premiers temps, notre groupe hétéroclite n’a aucun mal à suivre leur piste, aidé en cela par quelques gouttes de sang.

Le premier jour, hormis un duo de chasseurs père-fils, nous ne rencontrons personne. Le silence oppressant du sous-bois associé au fait que nous ne savions que penser des uns et des autres rend cette battue monotone et pourtant étrangement angoissante. Ou peut-être est-ce lié au but de notre battue ou encore au récit de cauchemars du fils de ce chasseur. Tout entier à mon but, je n’avais prêté qu’une oreille distraite à son récit et n’en avais gardé que quelques mots dénués de sens. En tout cas, je le croyais alors. « Lac » et « epieu dans le cœur » a-t-il dit. Vraiment pas de quoi faire un article, pensais-je alors. Et je le pense toujours, mais pour d’autres raisons.

La nuit tombe bientôt et nous cessons nos recherches pour installer notre bivouac et organiser des tours de garde. Bizarrement, nous ne faisons guère plus connaissance. Il faut dire que l’atmosphère lugubre du lieu ne s’y prête pas. Avez-vous déjà passé la nuit dans une forêt dans laquelle aucun animal ne semble avoir élu domicile ? Pas un cri d’oiseau, ni de mouvement dans les feuillages, hormis celui produit par le vent. J’ai pourtant l’habitude des nuits en forêts mais je me rappelle alors que jamais,  je n’étais venu dans ce coin-ci. Mes pérégrinations de botaniste en herbe (ah ! ah !) m’avaient toujours conduit bien plus au Nord, mais jamais ici. Et c’est sur cette pensée que je m’endors. Pour me réveiller quelques heures plus tard en sursaut.

Georges, notre compagnon lourdement armé, alors de garde, en proie à un cauchemar, vient de faire feu de ses deux Colt ! D’ailleurs, l’un des chiens d’Eudes y laisse sa peau trouée. Paniqué, autant que choqué, je décoche une solide baffe (que mon défunt père n’aurait pas reniée) à Georges qui s’éveille enfin, balbutiant des mots incohérents et se massant la poitrine comme si quelque chose risquait de la lui transpercer. Tant bien que mal, nous reprenons le cours de notre nuit, laissant notre sommeil à la surveillance du domestique d’Eudes.

Le lendemain, rien n’arrange la morosité et l’angoisse du groupe puisqu’au détour d’un chemin, nous tombons sur un cadavre. D’abord convaincus qu’il s’agit du kidnappeur blessé, nous déchantons vite. Il s’agit d’une jeune femme tuée de plusieurs coups de couteaux. Nous trouvons d’ailleurs un vieux couteau rouillé près de son corps aux mains tâchées de peinture. Tout ceci fait monter d’un cran mon angoisse. Pas d’animaux dans cette forêt mais du sang et des cauchemars à foison !

Joseph le bûcheron remarque alors que la jeune femme a, elle aussi, laissé une piste sanglante et qu’elle a été poursuivie par son meurtrier. Nous suivons cette nouvelle piste, car, qui, à part les kidnappeurs ont pu laisser trace d’une telle folie ?

Mais, voilà qu’au détour d’un chemin, l’éclat du soleil révèle une lunette de visée, perchée dans les arbres.  Au-dessus de nous, une branche casse, brisée d’une balle de fusil. Quelqu’un, je n’ai jamais su qui, me plaque au sol en hurlant :
- A couvert !
Notre flingueur de chiens n’a pas le temps de réagir, et s’effondre, touché au torse. Eudes braque son fusil de chasse mais notre agresseur s’est déjà enfui. Dans le silence revenu, retentit un bruit de moteur. Cela signifie un chemin ou une route et surtout un moyen de transport pour notre blessé grave.

Nous nous précipitons, Joseph, Gale et moi jusqu’à tomber sur un camion de bûcheron sur une piste qui semble empruntée régulièrement. Joseph arrête le camion, explique la situation au conducteur qu’il connait vraisemblablement. Mais, inexplicablement, le chauffeur refuse de s’arrêter, arguant d’un chargement de dynamite à livrer.

Quelque chose craque en moi à cet instant. Cette forêt, ce cadavre, ces traces de sang et notre compagnon gravement blessé. Avoir entendu et vu ce camion et ce visage, cette piste régulièrement empruntée, tout cela m’a rassuré, a résonné en moi comme un retour bienvenu à la civilisation après tout ce que nous venons de voir et de vivre en même pas deux jours ! Et ce type va nous laisser là ! Et abandonner un homme à une mort certaine ??!!

Une certitude se cristallise en moi à cet instant très précis où ces obscénités sortent de la bouche de cet homme. Georges ira à l’hôpital ! Telle devient ma mission.  Je ne laisserai pas cet homme mourir sans soins dans ces bois lugubres ! Hors de question !

Sauf que le temps que je réalise tout cela, Joseph, lui, a déjà agi. Il saute sur le camion qui vient de redémarrer et vide le chauffeur de son siège. Gale se précipite à son tour et d’un coup de feu, explose la rotule du chauffeur. Etonnamment, aucun cri de douleur ne lui échappe. Mais, je n’ai pas le temps de m’en inquiéter. Tout à ma mission, je saute dans le camion et fais marche arrière pour aller chercher Georges, gardé par Eudes et son domestique. Nous le chargeons dans le camion et en route pour l’hôpital.

Je ne le saurais qu’après et je refusais alors d’y apporter crédit ; mais Joseph et Gale se sont vus forcés d’abattre le conducteur d’une balle dans la tête. Joseph nous racontera que cet homme était en fait déjà mort. Avant. Qu’il avait un énorme trou dans la poitrine. Je mis alors son histoire décousue et abracadabrantesque sur le dos de son acte. Tuer un homme est une épreuve. Et avec le recul, je ne cesse de me dire depuis des années que quelque chose dans cette forêt a fait plus que fausser nos perceptions. Elle a aussi déréglé tout notre système de valeurs,  bien que nous en ayons tous un différent.

Une fois Georges pris en charge à l’hôpital, nous retournons dans la forêt, bien à contrecoeur dans mon cas, mais impossible de laisser Gale et Joseph seuls, ni de laisser échapper un salaire aussi mirobolant.

Mais, cette fois-ci, nous avons un moyen de transport. Rapidement, nous retrouvons Gale et Jospeh avec deux membres d’un autre groupe dont William Lawson qui se présente comme agent fédéral. Ensemble, nous décidons de continuer à suivre la piste de la jeune femme morte. Cette étudiante en Beaux Arts faisait partie d’un groupe qui a monté son camp, encore plus au nord. Les kidnappeurs ont-ils attaqué ce groupe ? Etrange, il était plus facile de l’éviter. Mais, avec cet étrange conducteur de camion, d’autres questions nous tourmentent. Que se trame–t-il d’autre dans cette sinistre forêt ? Ces kidnappeurs sont-ils devenus des bouchers ? Comment ? Et pour quelle raison ? L’appât du gain ne peut pas tout expliquer. Impossible. Et ces rumeurs sur le chantier Strong ? Ajoutées à notre aventure camionesque, tout cela suscite des interrogations et des inquiétudes sans réponse.

Et c’est dans ce sinistre état d’esprit que nous nous couchons dans notre nouveau bivouac, pour passer une sale nuit. Les cauchemars nous assaillent tous sans relâche. Et ils sont tous étrangement similaires. Une cabane au fond des bois, la lumière jaunâtre de la lune, mais aussi une autre lueur bleutée. Le son des feuilles qui frissonnent dans la nuit. Une porte s’ouvre en grinçant. Des silhouettes inquiétantes se dessinent. Une voix grinçante qui nous demande de rejoindre un Dieu au nom imprononçable Gla Aki (je ne suis même pas sûr de l’orthographe et encore moins du bien fondé d’écrire un tel nom, alors s’il vous plaît, ne le prononcez pas à haute voix !). Puis, la silhouette s’avance et la lumière de la lune nous montre un visage de cauchemar à la bouche sans lèvres, et aux yeux mangés d’un liquide purulent. Et tandis que ma poitrine me fait un mal de chien, je me réveille en sursautant. Plus que la douleur, c’est ce visage atroce qui m’a tiré de ce rêve.

Le lendemain, fatigués et irrités, nous arrivons au camp des étudiants en Beaux Arts. Et la vision de dévastation qui nous accueille ne nous remonte pas le moral. Des tentes éventrées, des affaires dévastées, des chevalets et des toiles brisés. Mais le pire est à venir. Au milieu d’une tente saccagée, nous trouvons un corps.

William Lawson et Joseph Parmentier l’examine. Il s’agit d’un homme jeune, vêtu d’un pyjama, probablement l’un des étudiants. Dans ses poches, Joseph trouve 6 dollars et des cigarettes. Le plus horrible est qu’il a été mutilé. Bon Dieu ! J’ai rêvé de ses mains manquantes pendant des nuits ! D’après Joseph, c’est une hache qui aurait fait cela. Et je me demande encore comment Joseph pouvait savoir une chose pareille.

Eudes, quant à lui, trouve un chapeau de chasse et un fusil de chasse marqué des initiales BH. Nous nous rappelons alors des chasseurs qui ont laissé leurs compagnons. Comment ont-ils dit qu’ils s’appelaient ? Les Hall. Brian et Arthur. Les ont-ils attaqués ? Pour quelle raison ? S’agit-il encore des kidnappeurs ? Les mêmes agresseurs que la jeune femme découverte une éternité plus tôt ? Et où sont-ils tous passés Bon Dieu ?

C’est alors que le domestique d’Eudes remarque des traces de pas barbouillées de peinture. Des étudiants survivants ? Leurs agresseurs ? Les chasseurs ? Qui peut savoir ? De toute façon, c’est notre seule piste.

Nous la suivons donc, pour arriver à peine une heure plus tard à un grillage sur lequel un panneau nous indique la propriété de Lucas Strong. Nous longeons ce grillage jusqu’à un portail fermé d’un cadenas.  Joseph, notre bûcheron sans scrupule, l’ouvre d’un coup de hache. Ce chantier semble se partager en deux centres d’intérêts. Des hangars sur la droite et le fond de la carrière sur la gauche. Nous nous séparons. Je me joins à Joseph et Robert qui vont en direction des hangars, guidés par l’odorat de Chicou, le chien de Joseph. Eudes et William gagnent le fond de la carrière.

Sur une porte fermée d’un cadenas, est marqué « Réserve ». Mais Chicou n’en démord pas. C’est dans cette réserve que son flair le mène. Un travail pour Joseph. Le cadenas tombe, la porte s’ouvre et Chicou se précipite à l’intérieur. Des gémissements nous parviennent. Bientôt accompagnés de ceux du chien qui hurle à la mort avant de se taire brutalement. Pour la première fois de cette monstrueuse aventure, je sors mon Colt. Puis, j’entre, suivi de Joseph. Les 10.000 dollars me galvanisent.

Tout à coup, des paroles en vieil Anglais résonnent sous le hangar. Ils sont plusieurs à discuter entre eux.  Et veulent nous attraper. Ce qui est quand même bizarre, vu que nous venons les délivrer.  Au fond du hangar, un rideau s’ouvre. Et apparaissent 4 personnes vêtues d’uniformes des soldats de la Fédération du 19ème siècle. Une odeur de terre et de pourriture se répand.

Joseph s’approche, hache à la main. Il s’arrête tout à coup. Je ne me souviens pas de ses paroles, où plutôt de cette discussion. Je n’ai gardé que le souvenir déstabilisant de Joseph qui discute avec lui-même. Oui. Il se pose des questions et y répond en même temps. L’un des hommes en uniforme s’avance et son visage sort de l’ombre. Ma main tremble à ce souvenir, alors qu’elle n’a pas tremblé ce jour-là. Cet homme a le teint cireux ; ses doigts sont squelettiques, ses ongles cassés. Il porte un sabre au côté. Et ses yeux ! L’un d’eux surtout me rappelle mon cauchemar de la nuit précédente. Une orbite vide d’où s’écoule un épais liquide jaunâtre. Et cette bouche édentée, pratiquement dépourvue de lèvres ! Je tire. Mais ne touche que le rideau.

Probablement, à cause du bruit de mon coup de feu, Joseph semble reprendre ses esprits. Toujours en mode palabre. Il négocie la libération de Jane Strong, que nous apercevons ligotée dans le fond de la pièce, avec cet horrible individu faisandé.
Comme mon compagnon semble reprendre ses esprits, je garde mon arme prête mais n’interviens pas. Il faut laisser une chance à la fille. Joseph, tout en discutant, parvient à la libérer de ses liens et la protège.

Robert qui nous rejoint à cet instant, déconcerte notre macabre interlocuteur qui dégaine son sabre et l’attaque. Le sang de Robert coule et il s’effondre au sol. Joseph continue de protéger la fille mais l’équilibre délicat qui régnait entre ces goules et nous est rompu. Je tue l’un des compagnons mortifères du soldat d’un coup de mon Colt, mais le chef profite de ma panique pour m’entailler le bras de son sabre. Je tire encore - et quelque part dans un coin de ma tête, je réalise qu’il ne me reste plus que quatre balles – et ma balle se perd dans les profondeurs du hangar. Joseph profite de cette bagarre improvisée pour sortir du hangar en protégeant la jeune fille et dégaine un bâton de dynamite qu’il enflamme. Je n’ai que le temps de tirer Robert de là avant que le hangar ne parte en fumée dans un bruit d’enfer.

Nous nous enfuyons, horrifiés, stupéfaits, sourds comme des pots, tirant et portant Jane et Robert qui n’a pas repris conscience. A l’entrée du chantier, nous sommes rejoints par Eudes, sa clique et William, qui semblent dans le même état que nous. Pendant tout le trajet du retour, William ne cessera de balbutier des propos incohérents au sujet d’ouvriers qui les menaçaient d’outils et que les balles ne tuent pas. Quant à Eudes, il semble obnubilé par un morceau de cristal d’une étrange couleur bleutée.  Nous finissons par récupérer le camion et continuons de fuir ces bois maudits, en état de choc, incapables de réfléchir jusqu’à arriver à Bennington.

Le retour à la civilisation paraît nous désengourdir et le chef de la police nous accueille triomphalement avant d’envoyer chercher Lucas Strong.

Des trois jours qui suivirent, je ne me rappelle pas grand-chose. Jane Strong retrouva son père avec forces larmes et embrassades et avec mes quatre compagnons, nous nous partageâmes l’argent de la récompense.

Je restai encore une dizaine de jours à Bennington pour rédiger nos exploits hautement expurgés – vous vous en doutez – pour la Gazette. Je sus que la police retrouvât les corps dont nous avions parlé lors de notre retour, mais je ne sus jamais si les auteurs de ces forfaits furent retrouvés ou même identifiés.

Dans les jours qui suivirent, nous profitâmes plus ou moins suivant nos caractères de notre quart d’heure de gloire. Les gens nous saluaient et nous reconnaissaient dans la rue, certains mêmes allèrent jusqu’à nous offrir une tournée générale au troquet clandestin du coin, mais même cet alcool dépuratif, comparable à de la nitroglycérine, ne parvint à nous délier la langue. Tacitement, nous avions décidé que cette histoire vécue dans les bois devait y rester. Comme si nous pouvions l’oublier là-bas, comme si la forêt allait agir comme un coffre-fort.

La veille de mon départ pour New York, je sus que nous avions tort.

Eudes de Bergue, de retour à Manchester avec son morceau de cristal maudit, avait été cambriolé. Non seulement, son luxueux penthouse fut mis à sac, mais il fut lui-même attaqué parce que les rumeurs décrivirent comme des morts-vivants.

Le lendemain matin, je fermai ma valise sur tous ces atroces souvenirs et pris le premier train pour New York. Tandis que je regardais Manchester et ses bois maudits s’éloigner, je me pris à respirer plus librement, comme si je recouvrais enfin mes esprits après avoir subi quelque lavage de cerveau. Je souris. Convaincu que je laissais tous ces sinistres souvenirs derrière moi, enfin !

Mais, bien sûr, je me trompai….

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